Deux modes de fonctionnement cohabitent dans une économie mahoraise en pleine transition.

Le secteur traditionnel, peu monétarisé et fonctionnant à l'écart de l'économie marchande moderne, recouvre l'agriculture et la pêche. Les traditions y sont encore très prégnantes mais l'évolution vers des pratiques modernes est perceptible. Quelques "faits" agricoles significatifs (source ESAP 2003) :

  • Surface agricole utile (SAU) : 20 254 hectares, soit près de 55 % des terres émergées de l'archipel.
  • 20 858 exploitations agricoles, sur lesquelles travaillent 35 156 personnes
  • De très petites exploitations : 71,2 % des ménages exploitent des surfaces inférieures ou égales à 1 ha.
  • 4 026 élevages bovins avec en moyenne un peu plus de 4 zébus par exploitation.

Le canal du Mozambique et le lagon de Mayotte, très riches en poissons, ont permis un développement de la pêche hauturière et de l'aquaculture, dont les potentialités sont prometteuses. Depuis 2002, l'aquaculture est en effet devenue le premier poste d'exportation.

Le secteur moderne englobe le BTP, les services, le commerce, les services publics-administrations, les transports et le tourisme. L'économie locale est dominée par le secteur du BTP où tous les corps de métiers sont représentés. Son essor résulte d'importants besoins en logements sociaux, locatifs et en équipements publics (écoles, routes, réseau d’assainissement...). Les activités de service comprennent les services informatiques, ceux fournis aux entreprises (nettoyage, analyse technique, publicité, formation,...) les services de santé, les télécommunications,... Ce secteur dynamique emploie près de la moitié des actifs. Le secteur de la distribution, actuellement en pleine réorganisation est en forte expansion, avec l'ouverture de magasins à grandes surfaces alimentaires et marchandises générales. Mais la plupart des commerces sont encore des "doukas" (petit commerce familial), présentes partout sur le territoire.

Electricité de Mayotte (EDM) doit faire face à une demande croissante (44.000 Mwh en 1996 contre 169.000 en 2006) tout comme le syndicat des eaux de Mayotte, France Télécom ou l'opérateur privé de téléphonie mobile (SFR) implanté depuis novembre 2001. Le parc automobile augmente constamment depuis quelques années : 1800 immatriculations ont été réalisées en 1990 contre 6318 en 2006, avec un total de 35400 enter 1990 et 2006. En ce qui concerne le réseau routier : Mayotte compte 225 km de routes revêtues contre 20km en 1975 (dont 88km de routes nationales et 137 Km de routes départementales) desservant les villes et villages de l’Ile. Les transports routiers et maritimes sont satisfaisants, les échanges avec l'extérieur sont réguliers et en constante progression. Le port de Longoni ouvert en 1992 souffre déjà de saturation. De 99 700 tonnes de marchandises manipulées en 1993, il a dépassé les 352 500 tonnes en 2005, (+ 350% en 12 ans) avec environ 40% de marchandises transbordées vers d’autres pays de la zone. Un deuxième quai est en chantier et devrait permettre à ce port d'éclatement de mieux répondre à la demande.

Le trafic aérien connaît depuis plusieurs années une forte croissance, passant de 57 384 passagers en 1994 à 178 521 passagers en 2004 ce qui représente une progression de plus de 200% en 10 ans. En 2006 le cap des 214 000 passagers a été atteint. Six compagnies desservent actuellement l'île : Air Austral, Axis Airways, Comores Aviation, Air Madagascar, African Express, Kenya Airways. Des travaux d’allongement de la piste et d’aménagement des zones d’arrivée et de départ ont permis à Air Austral , Axis Airways et Kenya Airways d’ouvrir en 2006 des liaisons semi directes vers la Métropole. Le tourisme est l'un des secteurs essentiels de développement en raison des emplois et des activités annexes potentiels. En 2005, près de 39.000 touristes ont séjournés dans l’île, ce qui représente une progression de 20% par rapport à 2004.

La croissance du pouvoir d'achat de la population résulte en grande partie d'efforts réguliers en investissements publics. Ainsi, le 12ème contrat de plan Etat-Mayotte a été signé le 8 septembre 2000 et couvre la période 2000-2004 dont un avenant de prolongation pour la période 2005/2006 a été conclu avec les différents ministères et la CDM. A ce jour, la part de l’Etat est fixée à 478 M€ et celle de la CDM à 28 M€, pour un total de 66 opérations programmées. En outre une convention de développement en faveur de Mayotte dotée de 115 millions d'euros sur 5 ans a été signée le 13 décembre 2002 par la Ministre de l'Outre-Mer, le Député et le Président du Conseil Général de Mayotte. De nombreuses réalisations seront menées au sein de cinq grands axes : transport, formation-éducation, agriculture, artisanat, environnement et développement durable. Il existe aussi une convention spécifique éducation nationale 2003/2006, d’un montant de 103 M€, suivie et exécutée directement par le Vice-Rectorat.

Habitat

En 2002 (recensement général de la population) le parc de logements représentait 45 232 unités répartis en :

  • 36 892 résidences principales occupées
  • 4 634 Bangas traditionnels
  • 126 logements occasionnels
  • 3 580 logements vacants.

La taille des ménages était en moyenne de 4,3 personnes par foyer (contre 4,9 en 1997)

Évolution des logements de 1978 à 2002.

Il convient de distinguer plusieurs types de logement :

  • Les logements « en dur » (57% des logements) qui comprennent notamment les cases SIM (accession sociale aidée par l’Etat) et qui possèdent un niveau de confort et d’équipement en rapide progression.
  • Les logements traditionnels, fabriqués avec des végétaux et de la terre, à durée de vie limitée et sensibles aux intempéries. Cette forme d’habitat diminue du fait du niveau de vie et des aspirations de la société mahoraise, au profit des logements en dur.
  • Les logements insalubres de type « bidonville » (21%) avec des parois en tôle dont une grande partie est occupée par une population clandestine non éligibles à l’habitat social.

En 1997, 76,1% des ménages avaient l’électricité (contre 32,2% en 1991), et 69,5% d’entre eux avaient une prise d’eau dans la maison ou l’enclos (42,4% en 1991). Entre 1997 et 2002, le confort et les équipements ont très fortement progressé en chiffres nets (près de 9000 ménages ont été équipés en eau et plus de 6600 ménages supplémentaires ont été raccordés à l’électricité). Mais malgré cette forte progression, la part des ménages ayant l’électricité (76,5%), l’eau (74,8%) ou même qui habite dans des maisons en dur, n’augmente que très peu. Cette apparente contradiction s’explique par la très forte progression de la population (+4,1% par an) et le doublement des cases en tôles, qui représentent 21% du parc en 2002 contre 12% en 1997. L’apparition de bidonvilles, très souvent liés à l’immigration clandestine, explique donc en partie l’arrêt de la progression des taux d’électrification et de moindre augmentation de la présence de l’eau dans la maison ou l’enclos.

Mises en œuvre à Mayotte depuis les années 1980, les opérations RHI (Résorption de l’Habitat Insalubre), qui sont pilotées par la Direction de L’Equipement, et cofinancées par l’Etat, la Collectivité Départementale et les Communes, ont pour but l’éradication de l’insalubrité dans les quartiers villageois (raccordements aux réseaux, accessibilité, protection contre les risques naturels). Au 31 décembre 2005, 50 opérations étaient en cours sur les 17 communes de Mayotte, dont 29 opérations en travaux et 21 en cours d’étude. Les RHI portent essentiellement sur la remise à niveau des infrastructures (voiries, desserte en eau, assainissement…). En ce qui concerne la lutte contre les logements insalubres, elle se heurte à une situation foncière très morcelée et à la présence d’une forte population clandestine qui en limite les effets.

La politique de l’habitat à Mayotte est en complète rénovation depuis 2005 avec l’instauration de nouvelles aides et la mise au point d’une offre de nouveaux produits en matière de logements aidés. Cette démarche de modernisation, concerne quatre grands chantiers :

  • La mise en place dès 2006 d’un nouveau produit en accession à la propriété (le LATS ou logement en accession très sociale), destiné aux classes défavorisées de la population, remplaçant la case SIM.
  • La mise en place des premiers logements locatifs sociaux qui n’existent pas encore à Mayotte.
  • La mise en place d’une aide à l’amélioration de l’habitat destinée aux mahorais qui souhaiteraient mettre leur logement aux normes.
  • Une réforme progressive du financement des lotissements communaux, visant à ouvrir l’affectation des lots à une plus large tranche de population, instaurant aussi une plus grande mixité sociale dans ces nouveaux quartiers.

Ces chantiers ont donné lieu à exposés et débats en Conseil de l’Habitat, ainsi qu’à plusieurs réunions avec les maires et conseillers généraux en 2005 et 2006. Les études et actions correspondant à ces orientations seront mises en place sur plusieurs années.

Urbanisme

Le Plan d’Aménagement et de Développement Durable (PADD) est le document de planification qui remplace le Schéma Régional d’Aménagement et de Développement du Territoire (SRADT) approuvé en 1998. Il a été adopté par le conseil Général en décembre 2004, dans les délais fixés par la loi statutaire du 11 Juillet 2001. Le PADD s’appuie sur un modèle durable de développement spatial et se décline en deux axes :

Répondre quantitativement aux besoins de 260 000 habitants en prévoyant un programme de développement ambitieux, ce qui mobilise un foncier très important.
Préserver le cadre de vie et le patrimoine mahorais en engageant une politique volontariste d’équilibre du territoire et de préservation des espaces naturels.
Le PADD affirme deux exigences

  • Préserver le littoral mahorais de toute transformation radicale de sa vocation actuelle dans l’attente des projets de développement plus précis de la part des collectivités locales (PLU)
  • Limiter les risques d’une consommation foncière non maîtrisée, dans un contexte de raréfaction de l’espace disponible, en particulier sur le littoral, et ce, afin de préserver des capacités de développement pour l’avenir.

Il retient les principes suivants :

  • Développer le territoire de manière équilibrée, par une politique de répartition des équipements et des services et par un développement des transports.
  • Dans les zones rurales, les politiques de l’habitat visent à améliorer le confort et la qualité de vie pour les populations qui y vivent aujourd’hui et à satisfaire aux besoins des nouveaux ménages.
  • Dans les zones urbaines, les politiques de l’habitat visent à répondre aux besoins de renouvellement des grandes zones d’habitat précaire et à satisfaire aux nouveaux besoins émergents en logement pour les primo-accédants et les jeunes ménages.
  • Les espaces littoraux et marins font l’objet de prescriptions et de recommandations spécifiques.

Ces orientations sont traduites dans la carte de destination générale des sols qui définit la vocation des différentes parties du territoire à l’horizon du PADD (2017) et la carte des principaux équipements et infrastructures qui présente les principes de localisation des principaux équipements et services collectifs ainsi que des grandes infrastructures nécessaires au développement durable du territoire.

L’urbanisme de Mayotte était jusqu’alors régi par un régime simplifié issu d’une ordonnance et d’arrêtés préfectoraux de 1990.L’ordonnance du 28 juillet 2005 a rénové en profondeur la législation, applicable depuis le 1er janvier 2006, en adoptant un dispositif proche de celui en vigueur en métropole, notamment en ce qui concerne les documents d’urbanisme et la protection du littoral. Les 17 communes sont actuellement couvertes par des documents d’urbanisme élaborés sous le régime ancien : trois communes ont un POS approuvé, (Mamoudzou, Dzaoudzi-Labattoir, Pamandzi) les 14 autres ont un document simplifié appelé « schéma d’aménagement de commune » (SAC). Tous ces documents doivent, selon l’ordonnance du 28 juillet 2005, être remplacés par les documents de droit commun (Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou carte communale (CC)) avant le 1er janvier 2011. Les communes engagent donc actuellement l’étude de leurs nouveaux documents qui devront notamment intégrer les dispositions d’aménagement du territoire du PADD de Mayotte, la loi littoral et les risques naturels qui ont été progressivement cartographiés par le BRGM depuis 2004.

Le nombre de permis de construire déposés est en augmentation constante et représentait 875 dossiers en 2006. Cependant, la construction réelle est très supérieure car beaucoup de personnes ne respectent pas encore la réglementation qui exige de demander préalablement l’autorisation de construire. De nombreuses infractions sont ainsi portées devant le tribunal administratif. L’ordonnance du 8 décembre 2005, applicable sur tout le territoire national, réforme la procédure des permis de construire et des autorisations d’urbanisme.

Cette réforme, qui est applicable depuis le 1er juillet 2007, modifie en profondeur les dispositions du régime simplifié applicable jusqu’alors à Mayotte.Les nouvelles autorisations sont, comme en métropole, regroupées en 3 permis (de construire, d’aménager et de démolir) et une déclaration préalable pour les travaux moins importants.Les procédures sont améliorées, les délais d’instruction raccourcis et l’autorisation est tacite en cas de non-réponse dans les délais réglementaires.